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Budget 2025-2026 : Une fenêtre pour transformer l’économie québécoise?

Budget 2025-2026 : Une fenêtre pour transformer l’économie québécoise?
Jérôme Lussier
Vice-président, Affaires publiques et durabilité
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March 27, 2025

Le ministre des Finances a dévoilé mardi le budget du Québec pour 2025-2026. Éric Girard a présenté l’exercice comme “un budget complexe, dans un environnement extrêmement difficile”. La formule peut sonner comme un cliché – les temps sont toujours incertains, les choix politiques sont toujours complexes – mais il est indéniable que le Québec fait face à une crise historique sur le plan économique.  

Le gouvernement Legault estime que les menaces tarifaires du président Trump – qu’il faut prendre au sérieux – pourraient engendrer des pertes de 100 000 à 160 000 emplois au Québec.  

Dans ce contexte, l’accueil réservé au budget 2025-2026 dépend largement des attentes qu’on avait à son égard.  

Pour les personnes (pour l’essentiel inexistantes) qui rêvaient d’un retour à l’équilibre budgétaire, d’une réduction de la dette et d’une augmentation des dépenses publiques, le budget est évidemment décevant. Le ministre Girard a plutôt annoncé un resserrement budgétaire, un déficit record et un accroissement de la dette québécoise.  

Mais pour la grande majorité des observateurs dont les attentes étaient plus réalistes et alignées sur le contexte économique et politique actuel, le budget devrait constituer une forme de soulagement ou, du moins, un moindre mal. Pour le meilleur et pour le pire, on évite les gestes douloureux à court terme.  

Confronté à la perspective d’un déficit historique et des années de vaches maigres pour l’économie québécoise, le gouvernement Legault aurait pu choisir d’effectuer des coupes profondes et dramatiques dans les dépenses publiques – une approche dure visant l’équilibre budgétaire et le désendettement à brève échéance. Le ministre Girard a plutôt choisi d’absorber une grande part du choc économique en creusant le déficit et en repoussant de facto le désendettement à plus tard. La CSN a déclaré être “soulagée que le ministre des Finances, Éric Giard, ait fait le choix d’augmenter le déficit pour l’année 2025-2026”.

Sortir le chéquier, sans abandonner les ciseaux

Au lieu d’appliquer une cure d’austérité brutale, la CAQ pratique donc les coupes sélectives et a même choisi de « sortir le chéquier » pour faire face à la crise. Le budget prévoit des aides substantielles pour les entreprises québécoises touchées par le conflit commercial avec les États-Unis (5,4 milliards sur 5 ans) et 11 milliards d’investissements additionnels en infrastructures ce qui, en période de ralentissement, pourraient soutenir l’activité économique.

Cela ne veut pas dire que les compressions budgétaires soient inexistantes, bien sûr. Mais il est utile de les replacer dans un contexte plus large. Comme le rappelle Tommy Chouinard dans La Presse, les dépenses de l’ensemble des ministères avaient gonflé de 8,8 % l’an dernier, alors que le poids des dépenses publiques par rapport au PIB est passé de 24,4 % à 26,3 % depuis l’arrivée du gouvernement de la CAQ. Il faut donc garder en tête que les compressions annoncées cette semaine touchent des budgets qui avaient fortement augmenté l’an dernier, et qu’elles sont effectuées par un gouvernement qui, globalement, a été plutôt dépensier depuis son accession au pouvoir.  

En vertu du budget de cette semaine, les dépenses ministérielles augmenteront en moyenne de 1,9 % par an jusqu’en 2029-2030 ce qui, compte tenu de l’inflation des coûts du système, se traduira par une réduction réelle des budgets au fil du temps. La santé et l’éducation ne sont pas épargnées mais les compressions dans ces réseaux seront légèrement moindres qu’ailleurs. Plutôt qu’un électrochoc budgétaire, le gouvernement mise sur une lente érosion, une approche qui suggère que les changements seront plus structurels que circonstanciels.

Nager dans l’inconnu

En creusant le déficit sans annoncer de mesures complètes et énergiques de retour à l’équilibre budgétaire, le gouvernement Legault achète du temps mais il injecte une dose d’incertitude additionnelle dans le cadre financier québécois :

  • Les conséquences des tarifs annoncés par l’administration Trump sur l’économie québécoise restent largement inconnues. En retenant l’hypothèse de tarifs de 10% pendant deux ans, il est possible que le ministre Girard les sous-estime.
  • Plusieurs observateurs notent que le budget Girard repose sur des prévisions de croissance optimistes.  
  • Le budget table aussi sur des revenus fiscaux provenant de la hausse de l’imposition du gain en capital par Ottawa, une mesure qui risque fort de disparaître.  

Bref, même s’il s’agit d’un budget à l’encre rouge, on peut dire qu’il a été écrit, au moins en partie, avec des lunettes roses.

Une occasion à saisir

Pour les entreprises du Québec, ce budget devrait être vu comme une occasion à saisir. Avec le maintien de la plupart des crédits d’impôt et des mesures d’aide supplémentaires aux entreprises, la CAQ donne des moyens aux compagnies québécoises pour s’adapter à ce qui risque fort d’être un nouveau paradigme commercial plus difficile. François Legault parle d’une “grande corvée” pour transformer en profondeur le tissu économique québécois. Si le gouvernement avait sabré ses budgets en profondeur, il aurait pu limiter la capacité des entreprises d’investir dans leur transformation.

En remettant les choix les plus difficiles à plus tard, la CAQ laisse ainsi le temps aux gestionnaires et aux entrepreneurs d’optimiser leurs opérations avant que le douloureux travail de rééquilibrage budgétaire devienne inévitable. Ce moment viendra – après la prochaine élection. Et alors, mieux vaudra être prêt à faire face à une nouvelle réalité.

En ce sens, les entreprises québécoises n’ont pas le luxe de l’immobilisme. Le Québec entre dans une zone de turbulence qui pourrait bien déboucher sur une réalité commerciale transformée. Les occasions de se démarquer -- voire de profiter de la crise – existent assurément, mais les organisations qui attendent trop avant de bouger, ou qui ne parviennent pas à se rendre visibles, utiles et stratégiquement incontournables, pourraient bien rater le bateau.

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